S'il y a une chose dont les esprits peu originaux ne ressentent aucun besoin, c'est bien de l'originalité. Ils sont incapables de voir à quoi elle pourrait leur servir; et d'ailleurs, comment le pourraient-ils ? S'ils le pouvaient, ils ne manqueraient pas d'originalité. Le premier service que l'originalité doive leur rendre, c'est de leur ouvrir les yeux; après quoi, seulement, ils auraient quelque chance de devenir eux-mêmes originaux. Mais en attendant, qu'ils se souviennent que rien n'a jamais été fait sans que quelqu'un le fasse en premier, et que toutes les bonnes choses qui existent sont le fruit de l'originalité; et qu'ils soient alors assez modestes pour croire que l'originalité a encore bien des choses à accomplir et pour se persuader que moins ils en ressentent le besoin, plus elle leur est nécessaire.
En vérité, quels que soient les hommages qu'on veuille bien rendre à la supériorité d'esprit, réelle ou supposée, la tendance générale dans le monde est d'accorder la place dominante à la médiocrité. (...)
Que si peu de gens osent maintenant être excentriques, voilà qui révèle le principal danger de notre époque.
John Stuart Mill, De la liberté, III, 1859.
Il n'y a pas une partie ou une notion du programme avec laquelle la liberté ne soit en rapport :
- La notion est centrale quand on réfléchit sur le statut de sujet de l'homme : la question se pose alors de savoir si nous sommes réellement libres de faire des choix, si nous sommes maîtres de notre existence ou bien si au contraire la liberté n'est pas irrémédiablement une illusion (cf. cours sur la conscience, l'inconscient, autrui, le désir).
- La question de la liberté se pose aussi nécessairement quand, dans la partie du programme consacrée à la culture, nous nous interrogeons sur le rapport de l'homme à la nature à travers des activités comme le travail ou la technique; ou quand on cherche à comprendre le phénomène religieux (est-il aliénant ?).
- Parler de la politique également, comme nous y invite le programme, c'est se demander fondamentalement pourquoi et dans quelle mesure nous pouvons accepter de renoncer à notre liberté naturelle (comme diraient Hobbes, Locke ou Rousseau) pour entrer dans l'état civil... La vie en société ou la vie politique nous privent-elles de notre liberté ou nous permettent-elles de la réaliser ? L'individu ne se perd-il pas nécessairement alors ? A quelles conditions et jusqu'où est-il légitime d'obéir ? Sur quelles dimensions de nos vies l'Etat ou la société ont-ils autorité pour intervenir ?...
- S'interroger sur la morale engage aussi forcément cette notion : obéir à sa raison, "faire son devoir", est-ce obligatoirement abdiquer sa liberté ?
- Enfin, même la partie intitulée La raison et le réel n'est pas étrangère à une réflexion sur la liberté, si l'on saisit que connaître ou accéder au vrai peut être libérateur car éclairant sur notre situation dans le monde, notre condition.
Pour simplifier tout ça, je dirais que la réflexion sur la notion de liberté s'articule, dans les sujets du bac, principalement, autour des axes suivants :
- Pour une réflexion sur les rapports loi/liberté, voir le cours sur le droit et la justice et celui sur L’État, ainsi que ces textes : Spinoza, Obéissance et liberté; Rousseau, L'état civil; Kant, Le droit et la liberté; Hegel, L’État réalise la liberté
Aliénation - Licence / Autonomie - Contrainte / Obligation - Libre-arbitre / Déterminisme - Liberté intérieure / Liberté politique